46) Il était une fois l’Express d'Orient

L'Orient-Express est un train de luxe créé par la Compagnie Internationale des Wagons-Lits (CIWL) qui, depuis 1883, assure la liaison entre Paris, Vienne, ainsi que Venise, à partir de 1919, et Istanbul, desservant plusieurs capitales de nations européennes.


Le 10 octobre 1882 fut mis en place un premier service de train de luxe, le Train-Éclair, sur l'axe Paris-Vienne, qui reliait en express les deux capitales distantes de 1350 kilomètres, en 27 heures et 53 minutes.


Le premier train, qui s'appelait Express d'Orient et qui fut inauguré le 5 juin 1883, circulait deux fois par semaine, entre Paris (gare de Paris-Est) et Constantinople (l'actuelle Istanbul) via Strasbourg, Munich, Vienne, Budapest et Bucarest.



Il effectua son premier voyage le 4 octobre 1883 et quitta la gare de Strasbourg à 19h15, Georges Nagelmackers ayant invité parmi les 24 passagers deux journalistes (l'envoyé spécial du Times et du Figaro) et le romancier Edmond About afin de médiatiser l'événement. Ce train n'était pas direct: il s'arrêtait à Giurgiu (Roumanie), la traversée du Danube jusqu'à Roussé (Bulgarie) se faisait sur un bac, puis un second train assurait le trajet jusqu'à Varna, port bulgare sur la mer Noire. De là, un vapeur conduisait les passagers en quatorze heures jusqu'à Istanbul. En 1885, le service devint quotidien jusqu'à Vienne. À partir de 1889, la ligne étant achevée jusqu'à Istanbul, le train devint direct.


L’Express d'Orient, dans un souci d'internationalisation, fut rebaptisé l'Orient-Express en 1891. Il fut attaqué cette même année par des pillards : cent vingt mille livres sterling furent dérobées, dont une rançon pour cinq otages. L'année d'après, le train fut mis en quarantaine en raison d'une épidémie de choléra survenue à bord.


La Compagnie des wagons-lits ouvrit en 1894, pour les passagers de l'Orient-Express, plusieurs hôtels de luxe à Constantinople, dont le Pera Palace. En 1898, un dîner de gala fut organisé pour marquer le vingt-cinquième anniversaire des wagons-lits.

En 1918, le maréchal Foch signa l'armistice demandé par l'Empire allemand, dans la voiture no 2419 de l'Orient-Express.


En 1919, le train de luxe militaire circula pour les personnels des forces alliées entre Paris et Bucarest, via Prague.


À cent cinquante kilomètres de Bucarest, en Roumanie, on trouve l’un des trésors les mieux cachés d’Europe, la ville de Sinaïa et son château de Peles. C’est Carol Ier qui ordonna l’édification de cette somptueuse demeure d’été dans un style néo Renaissance. Il entendait faire de la concurrence à Louis II de Bavière.

Le Roi Carol Ier avec son frère Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen,
avec Ferdinand - le fils de Léopold, qui est devenu l'héritier du trône de la Roumanie en 1889,
et la reine Élisabeth de Wied (princesse puis reine de Roumanie).

La construction du château prit fin en 1883, date du premier départ de l’Orient Express, à croire que le souverain avait une idée derrière la tête.


En effet, très vite, la ville devient une halte incontournable pour les voyageurs de l’Orient Express. Dès le premier voyage, on organise un passage par la perle des Carpates. Edmond About est sous le charme: « Ce ne sont que chalets, que villas et châteaux, le tout fort élégant, très riche et d’un goût parisien qui se retrouve jusque dans l’arrangement des jardins et des squares ».


Quelques années plus tard, un autre habitué de l’Orient Express est conquis. C’est Pierre Loti, spécialiste de l’Extrême-Orient certes, mais qui ne rechigne pas à profiter des charmes de la vieille Europe. Il y pose ses valises et ses carnets à l’automne 1887. Il devient un intime de la cour et, entre deux promenades sylvestres en compagnie du roi, il corrige les manuscrits de la reine sur la terrasse du château. 
Comme tous les rêves, celui-ci a une fin. En 1940, Carol II parvient à quitter in extremis le pays après un coup d’État.


Carol II ne doit la vie sauve qu’à l’efficacité de l’Orient Express auquel il rattache son wagon personnel. Il trouve même le temps d’emmener avec lui sa maîtresse, déguisée en cuisinière. L’âge d’or de Sinaïa, et de l’Orient Express, vient de prendre fin.




L'Orient-Express dans la littérature:

Agatha Christie
L'Orient-Express a inspiré à Agatha Christie l'un de ses plus célèbres romans policiers, Le Crime de l'Orient-Express, en forme de « huis-clos ferroviaire » dans le wagon-lits Istanbul-Calais, où son héros Hercule Poirot est confronté à un crime si particulier que lui et les autres enquêteurs préfèrent passer outre la solution de l'énigme et laisser le crime impuni. Ce roman a fait l'objet d'une adaptation cinématographique réalisée en France et en Turquie par Sidney Lumet et sortie sur les écrans en 1974, servie par une prestigieuse distribution.

Graham Greene
Les roman de Graham Greene: Orient-Express (titre original anglais Stamboul-Train, du français Istamboul) et Voyages avec ma tante évoquent, pour le premier, l'atmosphère des années 1930 en Europe centrale, et pour le second, un voyage fantasque contre le temps, dans les années 1970, mais ont tous deux en commun l'évocation de l'Orient-Express.

Guillaume Apollinaire
Un des passages les plus mémorables des Onze Mille Verges de Guillaume Apollinaire se déroule dans un wagon-lits de l'Orient-Express, conduisant le prince Bibesco de Paris à Bucarest.

Ian Fleming
Le créateur de James Bond, Ian Fleming utilise l'Orient-Express comme élément-clé de l'intrigue et de l'ambiance dans le roman Bons Baisers de Russie.
L'Orient-Express au cinéma:

Bons Baisers de Russie (1963), célèbre James Bond avec Sean Connery, comportant une longue scène dans le wagon-lits Istamboul-Paris du Direct-Orient-Express.
Voyages avec ma tante (1972), film de George Cukor, d'après le roman de Graham Greene, avec Maggie Smith, Alec Mac Gowen, Raymond Gérôme, Daniel Emilfork et Corinne Marchand, incluant une séquence à bord du Direct-Orient-Express de Paris vers Istamboul.
Le Crime de l'Orient-Express (1974), film de Sidney Lumet, avec Albert Finney, Jacqueline Bisset, Ingrid Bergman, Lauren Bacall, Anthony Perkins, Richard Widmark, Jean-Pierre Cassel, Vanessa Redgrave, Sean Connery, Michael York : version filmée du roman d'Agatha Christie se déroulant à bord du Simplon-Orient-Express (trajet Istamboul-Calais, via Belgrade et Paris).
Barnie et ses petites contrariétés (2001) de Bruno Chiche où Barnie (Fabrice Luchini) se retrouve à bord de l'Orient-Express en compagnie de sa femme, de sa maîtresse et de son amant.
Orient Express (2004), film de Sergiu Nicolaescu.

On compte, parmi les passagers célèbres de l'Orient-Express:

Edmond About, Joséphine Baker, Agatha Christie, Colette, Serge Diaghilev et Serge Lifar, Marlène Dietrich et Jean Gabin, Albert Einstein, Graham Greene, Mata Hari, Joseph Kessel, Thomas Edward Lawrence, Pierre Loti...



Sources:

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